
Ce texte est un aperçu (en exclusivité!) de la communication que je prononcerai jeudi 17 avril 2008 au colloque Du Kitsch au Trash, organisé par Stéphane Rivard à l'Université de Montréal. Quant à mon mémoire sur les Bienveillantes...
À l’occasion de la traduction des Bienveillantes en allemand, Jonathan Littell s’est rendu à Berlin pour une conférence-débat avec le plus célèbre des juifs-allemands, Daniel Cohn-Bendit. Celui-ci, qui avait attentivement lu le roman, finit par lui faire observer que, quelque part, les Bienveillantes était un roman kitsch, parce que son sujet même, le nazisme, et son narrateur, l’officier SS Max Aue, sont kitchs. Littell approuve en ces termes : « le nazisme est le phénomène le plus kitsch de l’histoire politique! De gros bourgeois à moustache qui se déguisent en culotte de cheval et défilent avec des têtes de mort et des flambeaux, c’est la définition même du kitsch! Après, qu’ils aient voulu tuer la moitié de la planète, c’est un autre problème ».
À l’occasion de la traduction des Bienveillantes en allemand, Jonathan Littell s’est rendu à Berlin pour une conférence-débat avec le plus célèbre des juifs-allemands, Daniel Cohn-Bendit. Celui-ci, qui avait attentivement lu le roman, finit par lui faire observer que, quelque part, les Bienveillantes était un roman kitsch, parce que son sujet même, le nazisme, et son narrateur, l’officier SS Max Aue, sont kitchs. Littell approuve en ces termes : « le nazisme est le phénomène le plus kitsch de l’histoire politique! De gros bourgeois à moustache qui se déguisent en culotte de cheval et défilent avec des têtes de mort et des flambeaux, c’est la définition même du kitsch! Après, qu’ils aient voulu tuer la moitié de la planète, c’est un autre problème ».
J’adopte sans hésiter cette définition, qui me semble contenir un élément essentiel sur la réception du kitsch par le lecteur : aussi sordide et glaçant soit-il, - la folie nationale-socialiste constituant sans doute l’un des sommets du genre – le kitsch oscille entre le grincement de dents et le rire jaune. C’est un ridicule oppressant, menaçant, excessif. C’est par excès de sérieux, de solennité, de pathos aussi, qu’il se rend inconvenant, hors-normes du bon goût.
L’humour dérangeant qu’on retrouve ici et là dans les Bienveillantes, cet irrésistible comique du ridicule, pose comme horizon à la réflexion la question : peut-on rire de tout? Des bourreaux comme des victimes, car, au fil du roman, aucun n’y échappe? On imagine facilement combien d’historiens, de gardiens du temple de la mémoire de la deuxième guerre et particulièrement de la Shoah, se sont offusqué de cette « provocation » qui « insulterait les morts » (P-E Dauzat). Et de fait, la rhétorique kitschéisante qu’utilise le narrateur nazi en parlant des « bonnes consciences » compatissantes d’aujourd’hui, abêties par la naïveté et les bons sentiments, est bien une stratégie visant à excuser les bourreaux en discréditant les victimes.
« Qu’ils aient voulu tuer la moitié de la planète, c’est un autre problème », et c’est aussi sans doute la singularité limite du kitsch nazi. Je poserai comme hypothèse que lorsque, dans certains passages du texte, cette limite est franchie, on tombe directement dans le trash. Un « autre problème », peut-être, mais sans doute pas si éloigné que cela du kitsch. Ils partagent au moins un mauvais goût agressif.
Dans le cas de la narration des Bienveillantes, sans contredire ce qui vient d’être posé, on doit dire que les choses sont plus compliquées. Max Aue n’est pas un gros bourgeois à moustache en culotte de cheval, mais un intellectuel cultivé, qui se veut et se dit au dessus de la moyenne de ses collègues et de ses lecteurs. Amoureux tantôt mièvre et adolescent, tantôt brutal et scatophile, il oscille à sa manière entre kitsch et trash, mais se considère quant à lui comme tout à fait normal, ce qui lui permet, croit-il, de dénoncer les excès de part et d’autre.
Excès qui, comme je l’ai dit, communiquent. Définir une ligne de partage, et les conditions de leur interchangeabilité, est l’objectif de cette communication et de ce colloque.
2 commentaires:
Le temps passe et les lectures approfondies du roman de J. Littell relativisent les commentaires d'Edouard Husson et de Michel Terestchenko. Jean Solchany pour la recherche historique et Florence Mercier-Leca pour la littérature , et quelques autres , de plus en plus nombreux, ne considèrent plus « Les Bienveillantes» comme un canular . Sans reprendre les propos hyperboliques de certains ( Georges Nivat , Pierre Nora et bien d'autres ) ceux qui ont lu et relu le livre énonce les qualités de cet événement littéraire. Jamais en 60 ans , une oeuvre artistique n'a pu rendre sur ce sujet ( l'apocalypse européenne pendant la seconde guerre mondiale ) , à ce niveau d'incandescence , l'effet de Réel qui émerge de cette narration. Comme le dit Solchany c'est un roman qui réussit là où le cinéma n'a jusqu'à aujourd'hui pas totalement convaincu. Peu d'oeuvres littéraires ont contribué de manière aussi efficace au «devoir de mémoire». La fiction , le témoignage et le livre scientifique constituent 3 approches différentes et non concurrentes du nazisme et de l'extermination des juifs. Certains lecteurs ne semblent pas prêts à reconnaître la légitimité de la démarche fictionnelle, alors que cette dernière jouera à l'avenir un rôle croissant dans la prise de conscience de la monstruosité du nazisme.L'intervention des intellectuels dans le débat critique est indispensable, mais il y a des limites à l'expertise historienne. S'exprimer sur le rapport à la vérité lorsqu'il s'agit de littérature( ou de cinéma ) présuppose une grande prudence.Les historiens ne doivent pas ruiner leur crédit en souscrivant à un fondamentalisme hypercritique qui conduit à assassiner un roman qui ne mérite pas un tel traitement. « Les Bienveillantes» apparaissent comme un texte exigeant. Il sollicite diverses compétences du lecteur et pas seulement culturelles.
Nouveaux développements sur Knol( la nouvelle encyclopédie de Google ).
Article Max Aue , nazi divisé -
http://knol.google.com/k/lyonel-baum/max-aue/2k8pqpdqx6p8k/6#
Points de vue du psychanalyste , du théologien , de l'historien ,d'une grammairienne.
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