mardi 11 mars 2008

Nancy Huston, entre deux chef-d'oeuvre


Un ami me faisait remarquer, il y a quelques jours, que Nancy Huston pourrait bien être la première canadienne francophone à obtenir le prix nobel de littérature. Oui, sans doute, tant son oeuvre déjà importante domine l'ensemble de la production actuelle. Elle a aussi l'immense avantage d'être populaire: en témoignent les nombreux prix de lecteurs qu'elle a déjà mérité. Mais, si j'étais membre du comité Nobel, j'attendrais un peu.


Le dernier roman de Nancy Huston, Lignes de faille, est un chef-d'oeuvre toutes catégories. Certes, on y retrouve les thèmes chers à l'auteure - l'identité, la filiation, la judéité - qu'on avait déjà vus dans l'envoûtant Cantique des plaines, et la maîtrise de la narration qui nous avait captivés dans l'empreinte de l'ange. À côté, Une adoration semble une oeuvre de jeunesse: certes, l'intrigue est prenante, on dévore la deuxième moitié du roman, et on savoure la musique des souvenirs. L'auteure a voulu faire de ce roman, présenté comme un procès-enquête sur la mort d'un comédien génial, une expérience de lecture et d'écriture. Les personnages s'adressent directement au lecteur-juge, des arbres et des baguettes viennent témoigner, "la romancière" n'hésite pas à intervenir pour commenter son propre travail.

Si on s'amuse de ce jeu de transgressions des codes romanesque, on ne peut pas non plus s'empêcher de le trouver parfois déjà-lu, pas très fin, en un mot: lourd. Par exemple quand "l'expert-psychiatre" prend la parole pour expliquer au lecteur, au cas où il n'aurait pas compris, le sens caché des mots utilisés par la romancière.


Malgré tout, le charme opère, et on lit le roman avec plaisir. Mais, entre Une adoration et Lignes de faille, Nancy Huston a montré qu'elle est capable de se surpasser. On espère qu'elle n'a pas dit son dernier mot. Réponse au prochain roman...

2 commentaires:

Julie Delporte a dit…

Mon préféré c'est Instrument des ténèbres. Mais je ne devais pas avoir plus de 16 ans quand je l'ai lu...

vm a dit…

je pense que j'ai eu le tort de découvrir Nancy Huston avec Lignes de Failles, dont je n'ai pas trouvé l'équivalent depuis dans son oeuvre. Mais c'est vrai q'Instrument des ténèbres est passionant. Même si, comme dans Une Adoration, je trouve qu'elle en fait un peu trop avec ses interventions dans le récit, et à la fin "la romancière" qui reprend le contrôle de sa plume, j'ai trouvé ca un peu... moyen, disons.